Jeanne Eyquem de
Montaigne (protestante) soeur de Michel Eyquem de
Montaigne, épouse le 5 mai 1555 un jeune magistrat
bordelais du Parlement de Bordeaux, issu d'une vieille
famille bordelaise: Richard de Lestonnac (catholique).
L'année suivante, Jeanne
naît dans l'hôtel de la famille à Bordeaux. Elle est
vraisemblablement baptisée à la cathédrale Saint André.
L'un des trois lieux où l'on baptisait avec l'église
Sainte Croix et Saint Seurin.
L'acte de baptême a
cependant disparu.
Elle était le premier
petit-enfant de Pierre Eyquem et Antoinette de Louppes
parents de Michel et Jeanne Eyquem. Jeanne était l'aînée
de sept enfants (Jeanne, Guy-Audet, Roger, Jeanne,
Jacquette, Françoise, Jacquette).
Le 22 septembre 1573, en
l'église Saint Eloi de Bordeaux Jeanne de Lestonnac
(elle a 17ans) épouse Gaston de Montferrand, Soudan de
la Trau, Baron de Landiras et autres lieux, membre du
Parlement de Bordeaux.
Le contrat de mariage est
dressé le 12 septembre par Me Jehan Castaigne, notaire
et tabellion royal, avec une dot royale de 5.000 livres
tournois et en particulier trois robes de noce.
Elle partage son temps
entre Bordeaux et Landiras, vit avec son époux durant 24
ans et élève cinq enfants (deux fils et trois filles).
Veuve en 1597, elle a 41
ans, Jeanne continue à s'occuper de ses enfants. L'aîné
décède peu après son père. Pendant 6 ans, elle se
consacre à sa famille et à la paroisse de Landiras.
A 47 ans, laissant à son
fils François la responsabilité de la famille et du
château de Landiras, elle rentre au Monastère des
Feuillantines, prés de Toulouse, et devient Soeur Jeanne
de Saint Bernard, le 11 juin 1603.
Ne pouvant supporter les
règles austères de l'Ordre, elle quitte (malade) le
couvent pour revenir dans le Monde et partage alors son
temps entre Bordeaux, Landiras et la terre de Lamotte-Darriet
à Saint Morillon.
Le 6 mars 1606, sur les
conseils du Père de Bordes, bordelais et professeur de
théologie, elle rencontre le Cardinal François de
Sourdis, archevêque de Bordeaux.
Avec lui, elle étudie le
projet de création d'un institut au service de
l'éducation des Jeunes filles à l'instar des Jésuites.
Ce projet, adressé à Rome, est accepté et signé par le
Pape, sa Sainteté Paul V, le 7 avril 1607. Le 29 janvier
1608, la Compagnie de Marie-Notre-Dame voit le jour par
son agrégation à l'Ordre du Saint Esprit. Les deux
filles de Jeanne, Marthe et Madeleine et deux autres
jeunes filles entrées au Monastère de l'Annonciade,
parviennent à la rejoindre le 8 novembre 1620 après bien
des péripéties, rue du Hâ, dans le local mis à leur
disposition par le Cardinal de Sourdis. Après deux ans
de noviciat, elles font profession le 18 décembre 1622.
C'est au Prieuré du Saint
Esprit, fin février 1608, que la Compagnie de
Marie-Notre-Dame débute son activité avec Jeanne de
Lestonnac, Serene Coqueau, Madeleine de Landrevie,
Elisabeth de Maisonneuve et Marguerite de Poyferre.
Jeanne de Lestonnac
reçoit en don du Cardinal de Sourdis, la chapelle du
Prieuré de Saint Esprit (prés du château Trompette), le
26 février 1608. Elle doit acheter elle même la maison
pour installer la communauté, puis le Jardin.
La ville de Bordeaux lui
octroie deux terrains vacants, voisins. Le Ier mai 1608
a lieu la cérémonie au cours de laquelle Jeanne et ses
compagnes reçoivent "l'habit religieux". Le voile noir
pour Jeanne de Lestonnac, considérée dés le début comme
Supérieure. Le voile blanc pour les autres.
Après avoir approuvé la
formule de l'Institut que veut fonder Mme de Lestonnac,
le 7 mars 1606, le Cardinal de Sourdis reçoit leurs
voeux le 8 décembre 1610. Quelques Jours plus tard,
Jeanne de Lestonnac est élue pour trois ans Mère
Première, à la direction de la Communauté. Le 8
septembre précédent, les religieuses s'étaient
installées dans le bâtiment qu'elles avaient acheté.
De nouvelles maisons de
l'Ordre voient le jour dans différentes régions. En
1640, on en comptait environ une trentaine. En 1985, on
dénombre 19 communautés en France, plus d'une centaine
en Espagne, trois en Angleterre, en Hollande. au Burundi
et au Pérou, deux en Belgique et au Paraguay, une aux
Philippines, quatre au Japon, six en Italie et au Zaïre,
une en Irlande, neuf au Brésil, treize en Argentine, dix
au Chili, trente six en Colombie, vingt et une au
Mexique et neuf aux Etats-Unis.
Les tribulations
n'étaient cependant pas terminées pour Jeanne de
Lestonnac qui après avoir dirigé l'Ordre durant 15 ans
n'est pas réélue.
De nouvelles religieuses
ont succédé aux premières, employées dans les diverses
fondations. De plus, des intrigues se sont nouées.
Pendant trois ans, Jeanne
de Lestonnac continue son travail, même humiliée par la
nouvelle Mère. Trois ans plus tard, cependant, elle
redevient Supérieure de l'Ordre et le reste jusqu'à
l'âge de 82 ans. Infirme et malade, elle décède deux ans
plus tard, le 2 février 1640, jour de la Purification.
Elle est ensevelie dans
la crypte de la chapelle de la rue du Hâ. A la
Révolution, ses restes sont confiés à un parent, M.
Galatheau, descendant de la famille de Michel Montaigne,
qui les cache dans un clavecin. Découverts, ils sont
enterrés par esprit de vengeance et de profanation avec
le cadavre d'un cheval dans le jardin du collège des
Jésuites (le collège de la Madeleine, aujourd'hui lycée
Montaigne). Grâce à la ténacité d'une religieuse de
l'Ordre, Mère du Terrail, on découvre les restes de la
Fondatrice le 23 novembre 1822. Ils sont transférés le
28 décembre 1822, 45 rue du Palais Gallien où ils sont
encore vénérés dans la chapelle de l'Institution.
Le 9 juillet 1826, Mgr d'Aviau,
archevêque de Bordeaux, signe la supplique qui demande
au Pape Léon XII un procès informatif sur Jeanne de
Lestonnac.
Le 6 septembre 1834, le
Pape Grégoire XVI introduit officiellement la cause et
proclame Vénérable la Fondatrice des Filles de Notre
Dame, le 19 septembre 1834.
Après de longs rapports
et de minutieux examens, le Pape Léon XIII proclame le
23 décembre 1900 (Feltin), ou septembre (Lavergne),
Jeanne de Lestonnac "Bienheureuse". Le 15 mai 1949, elle
est canonisée par Sa Sainteté Pie XII et devient Saint
Jeanne de Lestonnac.
Sous la conduite de Mgr
Feltin, archevêque de Bordeaux, une importante
délégation de religieuses de l'Ordre et de Landiranais
accompagnés de l'abbé Vierge curé de la paroisse,
assistent à Rome à cette émouvante cérémonie au cours de
laquelle l'Eglise reconnaît à Jeanne de Lestonnac la
vertu de Sainteté.
Parmi les faits ayant
servi à la cause de la Béatification de Sainte Jeanne de
Lestonnac, citons:
-LE MIRACLE DE NARBONNE
où Soeur Marie Louise Farines religieuse du monastère de
Narbonne, atteinte de phtisie Pulmonaire, recouvre la
santé le 23 février 1865 après avoir imploré le secours
de la Bienheureuse. Cette religieuse était encore en vie
en 1904.
-LE MIRACLE DE TOULOUSE
concerne Soeur Zelie Bayssade du monastère de Notre Dame
de Toulouse qui après une neuvaine en l'honneur de la
Bienheureuse est guérie subitement d'une Paraplégie
occasionnée par une méningite et une maladie de l'épine
dorsale, le 14 août 1867.
-LE MIRACLE DE MANRESA
(Espagne) où Soeur Antonia Coma Y Rotges, religieuse
capucine du monastère de Manresa, après avoir prié la
Bienheureuse est guérie instantanément d'une tumeur
cancéreuse, le 8 septembre 1886. La "Miraculée" vivait
encore en 1904.
La statue de sainte
Jeanne de Lestonnac, érigée dans l'église romane de
Landiras, et la plaque commémorative apposée au dessous
rappellent aux habitants de la commune que l'ancienne
Baronne de Landiras, Marquise de Montferrand, fut de son
temps un témoin privilégié et un apôtre convaincu de l'oeuvre
éducative de l'église catholique.
Aujourd'hui, Landiras est
devenu un lieu de passage et de Pèlerinage des "filles"
de Notre Dame qui viennent se recueillir dans l'église
Saint Martin où tant de fois Jeanne pria. Elles visitent
aussi les ruines qui subsistent encore du château de
Montferrand situé à proximité de l'ancienne chapelle de
Brax (XIII ème siècle) qui tombe en désuétude.
Depuis quelques années,
les religieuses de Bordeaux possèdent un chalet dans le
bourg de Landiras, dénommé Chalet Lestonnac. Ayant
renoué avec le passé, elles y viennent fréquemment
passer quelques journées et se reposer des fatigues de
l'enseignement qu'elles dispensent dans l'institution de
la rue du Palais Gallien. Elles continuent ainsi l'oeuvre
de la Fondatrice, créée voici prés de quatre siècles. Ce
qui laisse penser que Dieu a béni cette oeuvre
éducatrice.
Document
fourni par la congrégation à M. PELLETAN. |